2010-1002_partie du corps PDF Imprimer Envoyer
QU’EN DIT LA BIBLE ?
Parties du corps et religion du cœur 
 
 
QUESTION : Que signifie l’expression suivante : Dieu sonde « les reins et les cœurs » ? (Ap 2.23)
 
La Bible associe certaines expériences émotionnelles et psychologiques aux organes du corps. Ceci n’est pas totalement étranger à notre façon d’utiliser le langage des émotions. Dans le monde francophone, le cœur est le siège des émotions. Nous disons à notre femme : « Je t’aime de tout mon cœur ». Évidemment, nous ne nous référons pas à l’organe physique ! Nous voulons dire par là que notre amour vient du plus profond de notre être, et que par conséquent, il est authentique. Dans la Bible, cette pratique est beaucoup plus courante. Je ne traiterai ici que de l’usage du terme « reins »
 
1. Un organe physique. Les Israélites savaient ce qu’étaient les reins. En effet, les reins des animaux sacrifiés étaient brûlés sur l’autel des sacrifices, probablement parce qu’ils étaient habituellement enveloppés de graisse (Ex 29.13 ; Lv 3.4). Or, Dieu avait interdit aux Israélites de manger la graisse des animaux. Philon d’Alexandrie, philosophe juif (vers 20 av. J.-C. – 45 apr. J. C.), semble suggérer que les reins étaient offerts à Dieu à cause de leur rôle purificateur du sang (Lois spéciales, 1.216). Dans les rituels divins babyloniens, on utilisait les reins de certains animaux pour prédire l’avenir. Ainsi, les brûler sur l’autel constituait, pour les Israélites, le rejet de telles pratiques païennes. Comme beaucoup d’autres parties du corps, les reins étaient utilisés pour désigner toute la personne (une partie du corps représentait la totalité du corps ou de la personne). Le psalmiste écrit : « C’est toi qui as formé mes reins [kelāyôth] » (Ps 139.13), ce qui veut dire « mon corps ». Puisque les reins se situent dans les entrailles, il était facile de les utiliser de façon métaphorique pour désigner les aspects les plus intimes de la personnalité.
 
2. Le siège des émotions. Les Israélites comprenaient que les émotions ne pouvaient être dissociées du corps. Le père dit à son fils : « Mes entrailles [reins] tressailliront de joie, quand tes lèvres diront ce qui est droit. » (Pr 23.16) Dans ce cas, la traduction littérale a été évitée en français afin d’indiquer que le terme « reins » est utilisé de façon métaphorique pour montrer que la joie est profonde et qu’elle anime toute la personne. Les émotions négatives étaient également associées aux reins. Lorsque le psalmiste a écrit « Alors que s’aigrissait mon cœur » (Ps 73.21), il disait littéralement « j’avais les reins percés », ce qui signifie qu’il était en proie à une détresse émotionnelle profonde. L’image est celle d’une personne dont les reins ont été percés d’une flèche et qui éprouve de la douleur, craint la mort, et agonise sur le plan émotionnel. En fait, Job décrit sa détresse émotionnelle en utilisant l’image d’un archer lui décochant des flèches et perçant ses reins (Jb 16.12,13 ; voir Lm 3.13). Il était bouleversé au plus profond de lui-même.
 
3. Le siège du caractère. Selon Jérémie, les Israélites parlaient constamment de Dieu, mais celui-ci était « loin de leurs reins » (12.2, DRB), c’est-à-dire que le message de Dieu n’avait pas transformé leur cœur. Ici, les reins sont associés au caractère. Dans des cas comme celui-ci, ils deviennent synonymes du terme biblique « cœur », lequel représente, entre autres choses, les qualités rationnelles et morales d’une personne. Ils se réfèrent symboliquement à la connaissance qu’une personne a d’elle-même. Ils pourraient donc désigner la conscience. Le psalmiste avait peut-être ceci en tête lorsqu’il a écrit : « durant les nuits même mes reins m’enseignent » (16.7).
 
4. Objets de l'analyse divine. Puisque les reins sont associés au développement du caractère, il est facile de conclure que Dieu les examine. La phrase que vous avez citée – Dieu sonde « les reins et le cœur » – est utilisée plusieurs fois dans l’Ancien Testament. Elle suppose que Dieu voit ce qui se passe dans le cœur de l’homme et peut donc prendre des décisions justes basées sur cette connaissance (Jr 11.20 ; 17.10). Comme le psalmiste n’a rien à cacher, il s’écrie : « Sonde-moi, ô Éternel ! et éprouve-moi ; examine mes reins et mon cœur [léb, "coeur"]. » (Ps 26.2, DRB) En examinant les reins, Dieu peut identifier les méchants et mettre fin à leur violence (Ps 7.9). Dans cette phrase, la combinaison des reins et du cœur indique que Dieu examine l’être tout entier.

Enfin, l’utilisation des organes humains pour se référer aux émotions humaines révèle que les auteurs bibliques avaient une compréhension holistique de la nature humaine. Le corps n’était pas détaché des aspects spirituel et émotionnel de la personne.