2009-1010_alcool tolerance zero PDF Imprimer Envoyer
CROYANCES  FONDAMENTALES

NUMÉRO 22
Alcool: Tolérance zéro
 
 
De temps en temps, on lit dans les journaux qu’un verre de vin par jour aide à prévenir les maladies de cœur. Pour beaucoup, cette affirmation confirme la croyance générale que la Bible approuve la consommation modérée d’alcool. Par conséquent, ils se demandent pourquoi les adventistes s’y opposent si farouchement. Dans cet article, je me propose d’expliquer pourquoi d’une perspective biblique et sanitaire.
 
Le vin et la bière dans l’Ancien Testament
Les Écritures utilisent plusieurs termes hébreux et grecs se référant au vin et à la bière. Elles parlent positivement et négativement de ces boissons. La plupart des références sur le vin dans la Genèse rapportent des événements fort négatifs – Noé qui s’enivre dans Genèse 9, les deux filles de Lot qui se livrent à l’inceste après avoir saoulé leur père avec du vin (Gn 19), et Jacob qui trompe Isaac avec des aliments et du vin (Gn 27)… Cependant, on ne peut nier l’existence de références positive telles que dans Nombres 18.12: «Il bénira le fruit de ton sol, ton blé, ton vin nouveau et ton huile». Habituellement, des commentaires positifs sur le vin se réfèrent surtout à une abondance des produits alimentaires typiques de la Palestine – l’huile d’olive, les céréales, et le vin (Dt 7.13; Jr 31.12).

Pourtant, les commentaires négatifs persistent. «Le vin est moqueur, la boisson forte est tumultueuse; quiconque s’y égare ne deviendra pas sage.» (Pr 20.1) Proverbes 23.29-35 fournit une description frappante des malheurs qu’entraîne l’alcoolisme.

 
Jésus et le vin? 
Certains peuvent répondre que ces textes négatifs ne sont, en fait, qu’un réquisitoire contre l’abus d’alcool. Jésus n’a-t-il pas fait du vin en abondance lors des noces de Cana (Jn 2)? Et il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère: environ 600 litres de vin (oinos, en grec) pour les festivités! Cependant, comme pour beaucoup de déclarations positives sur le vin dans l’Ancien Testament, la référence à oinos dans ce contexte se rapporte à la description d’une fête où nourriture et breuvage sont servis en abondance pour souligner un événement heureux. En outre, remarquez les paroles de l’intendant – on dirait presque un proverbe: «Toute personne sert d’abord le bon vin, et lorsque tous ont bien bu, il sert le moins bon1.» Il poursuit: «Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.»

Beaucoup considèrent ce «dicton proverbial» comme un aperçu perspicace de l’action stupéfiante de l’alcool. Lorsque les gens prennent de l’alcool, ils peuvent, au début, juger de la qualité du vin. Mais une fois ivres, ils ne jouissent plus de cette capacité… Pourquoi alors gaspiller le bon vin avec des gens ivres2?

Cependant, ce «dicton» passe à côté d’un élément-clé dans le passage, et interprète mal la signification de la nourriture et du breuvage dans le cadre d’une fête. L’élément-clé omis, c’est que l’intendant de la fête pouvait encore faire la différence entre le bon vin et le mauvais. Ceci prouve qu’il avait certainement bu ce qui avait été servi auparavant, mais qu’il n’était pas ivre puisqu’il a pu faire la différence entre le bon et le mauvais vin.Dans le cadre d’une fête, abondance de nourriture et de breuvage rimait avec réjouissance. À ceci s’associait étroitement l’importance traditionnelle de l’hospitalité. C’est dans un tel tissu de normes sociales que l’on servait le «bon vin» aux invités dès le début, et ce, dans le but de les honorer.

 
L’éthique chrétienne

Nous sommes appelés à être un peuple saint dont les pensées, les sentiments et le comportement sont en harmonie avec les principes du ciel. Pour permettre à l’Esprit de reproduire en nous le caractère de notre Seigneur, nous ne suivons, à l’exemple du Christ, que des lignes d’action propres à favoriser la pureté, la santé et la joie dans nos vies. Ainsi, nos loisirs doivent satisfaire aux normes les plus élevées du goût et de la beauté chrétienne. Tout en tenant compte des différences culturelles, nous porterons des vêtements sobres, simples et de bon goût, adaptés à ceux dont la vraie beauté ne réside pas dans les ornements extérieurs, mais dans le charme impérissable d’un esprit doux et paisible. Par ailleurs, notre corps étant le temple du Saint-Esprit, nous devons en prendre soin intelligemment. En plus d’un exercice physique et d’un repos adéquats, nous devons adopter le régime alimentaire le plus sain possible et nous abstenir des aliments malsains mentionnés comme tels dans les Écritures. Les boissons alcoolisées, le tabac et l’usage des drogues et des narcotiques étant préjudiciables à notre corps, nous devons également nous en abstenir. En revanche, nous userons de tout ce qui est de nature à soumettre nos corps et nos pensées à l’autorité du Christ, qui désire nous voir en bonne santé, heureux et épanouis. (Rm 12.1,2; 1 Jn 2.6; Ep 5.1-21; Ph 4.8; 2 Co 10.5; 6.14-7.1; 1 P 3.1-4; 1. Co 6.19,20; 10.31; Lv 11.1-47; 3 Jn 2)
En outre, la littérature grecque fournit des exemples où oinos est clairement non alcoolisé par nature. Il est donc raisonnable de croire que, dans son contexte, c’est exactement le type de breuvage que Jésus a fourni3.  
 
L’abstinence: Un impératif moral? 
Certains peuvent concéder qu’étant donné ces explications, on pourrait logiquement défendre la valeur d’une vie chrétienne abstinente. Mais l’abstinence est-il un impératif moral? Plusieurs séries de preuves se combinent pour suggérer que oui. Premièrement, des statistiques de l’Organisation mondiale de la santé présentent le nombre important des victimes de l’alcool4. Il se chiffre à approximativement 1,8 million de décès annuellement (3,2% de tous les décès) et à 58,3 millions d’invalides (4% du total). L’alcool compte pour 20 à 30% des décès dans le monde dus au cancer de l’œsophage, du foie, de la cirrhose du foie, des homicides, de l’épilepsie, et des accidents d’automobile. Sa consommation est en hausse dans les pays en voie de développement, lesquels ne disposent en général d’aucune infrastructure pour prévenir et traiter les problèmes qu’il occasionne. À elle seule, notre sollicitude à l’égard de notre prochain nous donne la responsabilité morale de prêcher et d’enseigner l’abstention totale d’alcool.  
 
Être prêt pour le retour du Christ 
Mais une autre raison – plus urgente encore – justifie l’abstention de toute boisson alcoolisée. C’est le prochain retour de Jésus! Le Nouveau Testament foisonne d’avertissements nous disant de demeurer vigilants et sobres à la lumière du retour du Seigneur (Lc 21.34-36; 1 P 1.13). J’appelle ce concept la tempérance eschatologique. En revanche, l’alcool engourdit l’esprit. Sa consommation entre en conflit avec l’instruction de Jésus qui nous invite à demeurer vigilants en tout temps.

Parfois, certains demandent si tel ou tel ordre biblique s’applique encore aujourd’hui. Souvent, la question implique que l’ordre ne s’applique plus. Les gens considèrent rarement qu’il puisse être possible que certains ordres s’appliquent à nous encore plus aujourd’hui que par le passé. Je crois que c’est le cas en ce qui concerne l’abstention d’alcool. Dans l’ancien monde méditerranéen, les boissons alcoolisées existaient, mais pour la plupart des gens, elles n’étaient pas disponibles en abondance. En outre, leur teneur en alcool ne dépassait pas 10 à 15% dans le cas du vin (seulement 4 à 6% pour la bière), et dans l’usage normal, on diluait habituellement le vin avec une à trois parties d’eau5. La situation est largement différente dans le monde d’aujourd’hui: les boissons alcoolisées, beaucoup plus facilement disponibles, atteignent des concentrations nettement plus élevées dans les spiritueux (généralement de 40 à 60%). Les statistiques de l’OMS sont d’une triste éloquence quant aux malheurs que l’alcool a semés sur sa route, et quant à la façon dont son ombre noire se répand partout sur la terre.

Je suis un adventiste du 7e jour et j’attends le retour de Jésus! À la lumière de ce grand événement, j’estime que je dois garder mon esprit et mon corps vigilants et prêts à l’action en tout temps. Je crois que j’ai la responsabilité d’aider mon prochain à se préparer pour le retour de notre Seigneur, et qu’un style de vie sain est en accord avec les Écritures et incombe au chrétien. Pour moi, l’alcool, c’est tolérance zéro!

 
1 Ma traduction.
2
Le verbe grec est methusko, ce qui veut dire soit «devenir ivre», soit «boire sans retenue».
3
Voir Aristote, Meteoroligica 384.a.4-5 et 388.b.9-13 pour l’utilisation générique du terme oinos.
4
Statistiques du site Web de l’Organisation mondiale de la santé, http://www.who.int/substance_abuse/facts/alcohol/en/index.html. 
5
«Du vin non mêlé» dans Apocalypse 14 serait du vin sans ajout d’eau. Dans l’avertissement solennel d’Apocalypse 14, la colère de Dieu est déversée, sans mélange de grâce. Pour des références quant à la dilution du vin, voir David E. Aune, Apocalypse 6-16, Word Biblical Commentary, vol. 52b, Nashville, Thomas Nelson, 1998, p. 833.